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27 avril 2006

Caravane à flanc de montagne dans le Toubkal

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Voici une autre photo prise pendant un trekking dans le Haut Atlas marocain.

Sur cette image, la vue plongeante ne suffit pas à nous indiquer que nous sommes en haute montagne avec un dénivelé vertigineux. On pourrait en effet presque se croire suspendus à une montgolfière ou à un ULM.
C’est l’effet que procure un téléobjectif même modeste, qui en isolant les détails d’un paysage ou d’une scène, en modifie ou en brouille les repères.
Ici, le relief s’efface tandis que les plantations de maïs en terrasses successives deviennent des éléments graphiques déterminants.

Cependant, plus que son aspect graphique, ce qui m’a impressionné lorsque je contemplais cette scène, c’est la symbolique qu’elle renferme.

Jugez-en :
Les hommes, ces petites tâches dans le coin droit en bas de l’image, à peine discernables de leurs mulets, apparaissent dans ce paysage comme des intrus, comme une singularité dans un environnement aride, rocailleux, pénible et par-dessus tout dangereux. Oui, dangereux car nous sommes en été, que les orages sont ici très violents et que s’il s’en déclarait un plus en hauteur, dans une vallée voisine, seul le grondement des flots cascadant soudain vers la caravane l’alerterait du péril imminent.

Pourtant, ce sont ces être si fragiles, si déplacés dans ce paysage tourmenté qui l’ont néanmoins façonné. Effectivement, comment des plantes pourraient-elles pousser là où on ne trouve que des pierres et de la poussière ? Comment pourraient-elles se fixer sur un sol raviné par de puissants torrents et où le pas le plus sûr est celui de la chèvre et du mulet ? Comment pourraient-elles croître et produire les semences d’une nouvelle saison lorsque l’eau est aussi rare que dévastatrice ?
C’est que depuis des siècles, depuis que les arabes ont chassé le peuple berbère des riches plaines de Marrakech vers les montagnes du Toubkal, ces hommes ont travaillé sans relâche pour domestiquer cette terre ingrate et y vivre ou y survivre.

Ainsi, ces petites tâches, écrasées par la montagne sont pourtant celles qui la dominent et qui permettent à la vie d’exister là où rien ne l’y prédestinait.

Néanmoins, cette vie est précaire ; elle repose sur un pacte séculaire qui unit ces hommes et leur environnement. Qu’ils cessent leur labeur et les terrasses seront peu à peu emportées par les intempéries et l’érosion de la montagne. Qu’ils cessent d’entretenir les vastes réseaux d’irrigation, destinés à amener sur ces terrasses une eau calme provenant de rares sources éloignées, et le maïs se dessèchera. Viendra ensuite la pénurie dans les villages vivant presque en autarcie et avec elle les maladies et un nouvel exode.

Ce que je vois dans cette image et qui me frappe par-dessus tout, c’est à quel point notre existence est fragile et repose sur un pacte, un équilibre avec notre environnement.
Dans nos pays dits développés, nous pensons avoir pris le dessus sur les éléments naturels. Cette erreur vient sans doute d’un manque de recul : prenez ma place sur ce pic rocheux et vous verrez à quel point le péril, comme ces orages menace. Nous avons peut-être déjà rompu ce fragile équilibre qui nous permet de vivre dans la quiétude, mais nous voulons l’ignorer car les flots ne grondent pas encore …

Pour terminer sur une note plus légère, je dois souligner avec quel plaisir, tandis que j’avais composé mon image pour que tout concours à attirer notre regard vers cette caravane, j’ai vu soudainement débouler d’en haut, non pas les flots, mais un retardataire bien décidé à la rejoindre au plus vite ! Outre le fait d’équilibrer un peu l’image par sa présence dans une autre partie de l’image, qui plus est dans la diagonale formée par ce maigre sentier, il renforce un peu plus cette impression de petitesse et de fragilité car il n’est pas accompagné de son mulet.

Philippe Piquot


Boîtier Minolta 7Xi
Objectif Minolta 28-105mm f3.5-5.6 en position 105mm
Pellicule prédécesseur de la Sensia 200ASA (diapo)

Voici quelques liens utiles pour approfondir certains sujets abordés :

Un peu d'histoire sur ce peuple Berbère avec Wikipédia

Quelques nouvelles de la santé de notre planète avec le rapport annuel 2004 du Programme des Nations-Unies pour l'Environnement. Et pour avoir encore plus de recul, voici celui de 2005.

Le site de la société Nomade Aventure avec laquelle je suis parti au Maroc et ailleurs.

Et enfin, le site d'une association d'étude et de protection de la Nature que je connais très bien. Le site, malheureusement, n'est plus vraiment mis à jour depuis un moment, cependant, sur le terrain, les adhérents sont toujours aussi actifs !

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13 avril 2006

Enfants berbères

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Cette a été prise à l’occasion d’un trekking dans le Haut Atlas marocain. C’est une zone de montagnes arides, sèches et rocailleuses dont le sommet culmine à 4167m.
Au mois d’août, vers 3000m d’altitude, il fait bien 30C° à l’ombre le jour et il gèle la nuit.
Les villages, berbères, que nous avons traversés, s’accrochaient aux pentes du massif. La vie y était rude. Les gens refusaient tout contact avec les étrangers, jusqu’à s’enfermer chez eux à notre passage. Pourtant, si notre guide reconnaissait l’un des siens, nous étions accueillis avec chaleur et invités à partager ici le repas, là une fête traditionnelle.

Dans le village de ces enfants, nous n’étions pas attendus. Ils ont donc déguerpis comme à l’habitude mais un seul est resté, le jeune homme aux cheveux frisés. La conversation s’est aussitôt engagée car il était aussi désireux d’en apprendre sur notre vie que nous sur la sienne.

Il nous a raconté qu’il avait 16 ans. Il était très assidu à l’école, pourtant loin du village, et son ambition était « d’aller à la ville » pour entrer au collège et devenir instituteur. Dans son regard brillait toute sa détermination. En même temps, il émanait de lui une assurance tranquille qui montrait à quel point il croyait en son destin.

C’est ce regard et cette attitude qui me captivent lorsque je regarde cette photo.
Sans lui, les autres enfants n’auraient pas osés s’approcher et sans leur présence, la photo serait restée banale.

En effet, si ce jeune homme accroche nos regards, le groupe d’enfants les retient. Il y a tant de choses à lire, à imaginer dans leur attitude, dans leurs vêtements, dans la poussière dont ils sont couverts et jusqu’à leur culture … Remarquez-vous par exemple qu’il n’y a que des garçons ? qu’ils sont tous rasés, à l’exception du jeune homme ?

Cette photo captive et elle interroge en même temps.

Au quotidien ou en voyage, il y a 2 manières de prendre en photo un groupe ou une personne :
- A la dérobée, pour figer une expression, une mimique, ou bien l’instant.
Le résultat est souvent hasardeux : le regard se perd facilement car ceux des sujets convergent rarement vers le même point. Quant aux expressions, c’est « au bonheur la chance » ...
- Vous pouvez aussi préparer la photo et prévenir les « sujets ».
La composition sera sans doute meilleure, l’éclairage aussi, mais le risque est d’avoir une image convenue et de faire ressortir la gêne qu’ont beaucoup de personnes à être prises en photo.

Si je peux vous donner un conseil, un seul, c’est celui-ci : créez une relation avec vos « sujets ». Mettez-les à l’aise et ne prenez la photo qu’avec leur consentement, lorsqu’ils sont prêts. Certes, vous raterez peut-être des occasions, mais vos photos auront plus de force.

Depuis ce voyage dans le Haut Atlas, 10 années ont passé. Je me demande toujours ce qu’est devenu ce jeune homme ? S'il a réalisé son rêve de devenir instituteur ?


Boîtier : Minolta 7Xi
Objectif : Minolta 28-105Xi f3.5-5.6
Pellicule : l’ancêtre de la Sensia 100 (il faudra que je vérifie l’original dans mes cartons !)

Philippe Piquot

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